21.06.2008

J'aime aussi beaucoup Jeanne et Pina !

Au dernier Festival d’Avignon, France Culture avait offert aux spectateurs de la cour d’honneur du palais des papes, et en direct à ses auditeurs, une lecture de Quartett, de Heiner Muller, contraction des Liaisons dangereuses en 22 pages, par Jeanne Moreau et Sami Frey. Je me rappelle m’être couché sur mon lit et avoir fermé les yeux, vers 22 heures. Quand je les ai rouverts, 1h20 plus tard, la nuit était tombée, le silence régnait, je sortais d’un doux rêve bercé par la voix rauque et posée, si pleine de lumière et d’intelligence de Jeanne Moreau, par celle, plus sournoise et un brin dandy, affectée, perverse, de Sami Frey. La marquise et le vicomte remettent ça au théâtre de la Madeleine jusqu’au 28 juin, et c’est toujours aussi magique.

 

Dans Le monde daté d’il y a quelques jours, une critique assez vive contre la dernière création de Pina Bausch, du type de celles de ces vieux grincheux qui à chaque nouveau Woody Allen se fendent d’un  « Woody, qui n’est plus Woody. » Aussi le critique de conclure par un « Pina, qui n’est plus Pina, » ou à peu près… Un peu fauché et officiellement débordé, j’ai d’abord pensé m’en passer. Et puis, flairant le snobisme intellectuel de gauche de ce critique, je me suis dit que j’allais me mettre au Figaro et surtout, dans la queue pour obtenir une place en dernière minute.   

Après 2h30 d’attente, me voila donc dans l’arène, et au troisième rang passé l’entracte, avec le bonheur de constater que les fâcheux ont raison : Pina fait les mêmes spectacles d’année en année. Ce qui signifie que chaque année sa nouvelle création, ici : Bamboo Blues, est éblouissante et merveilleuse, et c’est jusque début juillet au Théâtre de la Ville, c'est archi complet comme tous les ans, allez faire la queue dès 18h. Certes, ces solos de femmes qui ont toutes le même physique (1m80, cheveux longs jusqu’aux fesses shampouinés au L’oréal trois fois par jour) et donnent l’impression de faire chaque fois la même chose, un peu chiante d’ailleurs, je suis d’accord, c’est pas le plus fantastique. Trop de féminité tue la féminité.

Mais les danseurs, mon dieu, les danseurs… Canons, comme il se doit, excellents, énergiques, épatants. Tous. Que l’un d’eux entre en scène et le spectacle s’envole. J’ai failli pleurer à la reprise. Je ne parle pas de la musique. Je ne sais pas où Pina Bausch la trouve mais à chaque fois le spectateur entre en lévitation dès la première note, s’évade (en Inde, en l’occurrence), oubliantpour deux heures l’existence d’un monde sensible dans lequel il n’a aucune envie de retourner lorsque la lumière se rallume.

Cette année, contrairement à l’an passé, Pina Bausch est venue saluer. Passant quelques minutes plus tard devant la sortie des artistes et croisant quelques danseurs, je n’ai pas eu à attendre bien longtemps la sortie de ce petit bout de femme de 40 kilos maximum à mon avis. La tristesse au fond des yeux, la modestie dans le vêtement, la discrétion dans le maintien. J’ai à peine eu le temps, mains jointes sur le cœur comme une grosse pédale, de la remercier, de la féliciter, de lui dire de continuer, et de lui donner rendez-vous l’an prochain, de nouveau au théâtre de la Ville, pour sa nouvelle création. Un regard par dessous, une esquisse de sourire, un murmure de remerciement, un court salut de la main en se retournant. Elle était déjà partie…

11.06.2008

Catherine, je vous aime.

J'aurais voulu écrire une longue et lyrique note évoquant avec passion toute l'émotion qui m'a envahi ce soir durant les deux heures trente que dure Un conte de Noël. Mais l'émotion n'est pas retombée sur le chemin du retour, pas plus qu'à l'instant où j'écris ces lignes. Aussi je sèche devant ma page blanche et me contenterai d'un cri d'amour à Catherine Deneuve.

16.05.2008

Au royaume des anges

Il vous reste deux jours pour non pas "liquider l'héritage de mai 68", phrase fort en vogue depuis un certain meeting à Bercy, mais pour vous précipiter au Théâtre du Rond-Point, où l'on donne demain samedi et après-demain dimanche Angels in America, la pièce culte, dans la mise en scène magnifique de Kristof Warlikowski, metteur en scène polonais régulièrement hué à l'Opéra Bastille, mais adulé, et à juste titre, au théâtre. C'est en polonais surtitré et ça dure près de six heures (entracte compris), mais il faut bien tout ce temps pour voir se nouer, dénouer, renouer les liens qui unissent tous les personnages de ce drame des années SIDA dans un décor unique qui se fait tour à tour cimetière, salon, plage, banquise, chambre, couloir d'hôpital, boutique de vêtements, dans des lumières d'une douceur folle et qu'accompagne presque en permanence une musique tout aussi discrète qu'appropriée et qui fait s'enchainer les scènes dans un tempo tranquille qui berce littéralement le spectateur. C'est violent, c'est dur, c'est fort. C'est surtout bouleversant et plein d'espoir. Et c'est merveilleux. Et c'est 10 euros pour les titutlaires de la carte Imagin'R.
J'ajoute qu'à ce type de spectacle, comme il se doit, le public est constitué quasi exclusivement de gays. Mais, à l'inverse de ceux que l'on peut trouver à l'opéra, ceux-ci sont tous jeunes et canons, ce qui ne gâche rien à la fête...

09.05.2008

Du glamour, du vrai...

Deux affiches se partagent le prix de la niaiserie 2008 en ce moment sur les colonnes Maurice. D'abord, Jackpot (en français : Mon ami Jacques), THE film avec THE couple glamour du jour, Ashton Kutcher d'un côté, sourire d'imbécile heureux aux dents polies à l'Email diamant de pères en fils depuis 72 générations, accompagné, elle aussi en très gros plan sur dents blanchies au bicarbonate (les femmes éfèrent les produits naturels, c'est bien connu)lui donnant un air tout aussi stupide. Tous les mauvais coups sont permis (c'est l'accroche de la pub), soit, mais tous les mauvais films méritent-ils de sortir en salle ? Vous me direz que Cotillard a bien chopé un oscar... Depuis hier, second choc : après la vraie cruche blonde, la fausse cruche blonde dont on va finir par se demander si en fait elle n'est pas une vraie cruche blonde (moi j'ai plein d'amies blondes, il y en a aussi des sympas, c'est comme les homos et les immigrés, faut pas croire), j'ai nommé : Scarlett Johanson dans Le journal d'une baby-sitter. Superbe affiche qui sur un fond blanc fait s'asseoir Miss jeune fille emperlousée, tirant la geule, yeux levés au ciel, chapeau de clown sur la tête, exaspérée par la tête à claque de gamin qui se tient à côté d'elle, couronne blingbling fichée sur oreilles décollées, yeux au ciel, exaspéré par sa tête à claque de Nounou (l'autre, donc), la morale de l'histoire étant qu'on ne naît pas babysitter mais qu'on le devient. Le tout en pompant sans complexe le titre d'un chef-d'oeuvre de Bunuel où fait merveille notre Jeanne nationale. Je suis à deux doigts de crier au scandale, croyez-moi. Et si vous ne voyez pas de quoi je parle, sortez.

Alors après ça, qu'on aille pas se moquer de Kylie parce qu'elle fait son entrée en Reine de la nuit (rein que ça) perchée sur un trapèze, nimbée de rais de lune dans une robe Jean-Paul Gauthier. Elle se transforme ensuite en majorette, avant de grimper dans une longue robe rouge sur un crâne géant tout d'argent,étincelant ,puis en Brigitte Bardot japonnaise avec fleurs de cerisiers, puis en femme fatale en robe bleue avec coeur rouge au décolleté (merci Jean-Paul), puis en déesse des mers trinquant avec sa troupe de marins moulés, coupe de champagne rose fluo en main, tandis qu'une étoile filante explose pour inscrire LOVE en grosses lettres rose sur l'écran de fond de scène avant que d'entonner tous en coeur Copacabana en guise de clou du spectacle. Kylie n'a plus qu'à apprendre le français et elle sera parfaite.

27.03.2008

Ma première publication

http://www.bifi.fr/public/ap/article.php?id=248

28.11.2007

Godard m'a tuer

Demain, à mon super stage de la mort qui déchire sa mémé qui tue (humour, hein), je vais avoir le plaisir, la joie, que dis-je, L'HONNEUR de sous-titrer... un court métrage de GODARD, moi qui vomis Godard par tous les pores de ma peau acnéique (ah, non,  c'est vrai, j'ai fait ro-acutane deux hivers de suite, les boutons, j'en ai soupé, merci). Godard, GODARD !!! Heureusement que c'est juste un court métrage, hein, encore que, ça peut durer une demi heure, parce que entre le branlage de mouche au soleil du Mépris (quand même, Capri, c'est beau, le soleil aussi, la Méditerranée pareil, et puis les fesses de Brigitte, on les aime, enfin,  restons mesurés : "ça va") et le foutage de gueule de Pierrot le fou (aaaaaaaaaah, la chanson...), il aurait plus manqué qu'on me balance, je sais pas, moi, Alphaville, ça a l'air bien naze, déjà rien que le titre, ou alors King Lear, un de ses derniers, ou Godard himself se met des tuyaux en plastique bleu dans les narines...

Mais comme après la pluie vient le beau temps (et si vous n'êtes pas convaincus, relisez donc Astérix et le Devin), je vais avoir droit au Beau Serge, une heure trente avec le beau Jean-Claude comme seul compagnon de route... 

Et puis comme après le beau temps vient l'orgasme, j'ai réussi à choper une place pour aller voir Tristan et Isolde (de Wagner, bandes d'ignares) à la Scala, avec Waltraud Meyer (celle qui faisait la méchante Ortrud dans Lohengrin à Bastille l'an dernier (mais je l'ai pas déjà dit ailleurs, ça ?), mise en scène de Chéreau, direction de Daniel Barenboim. ELLE EST PAS BELLE LA VIE ??? EN tout cas, "tout, mais pas perdre mon âme..."

02.11.2007

La troisième merde

Vous vous disiez que pour un blog cinéphilique, ça manquait un peu, le cinéma. Je rattrappe la chose aujourd'hui en inaugurant ces Cahiers critiques avec du lourd, du très lourd : aujourd'hui, je vous parle du nouveau film de Dario Argento, La terza madre qui, entre-nous, envoie du gros pâté. Ressituons l'action. Il s'agit du dernier volet d'une trilogie consacrée à trois sorcières, Mater Sospiriorum, Mater Tenebrarum et Mater Lacrimarum. Evidemment, il s'agit de les tuer pour retrouver paix et harmonie dans ce monde de bruttes. Les deux premières étant mortes dans les deux premiers volets (une par volet, donc, vous aurez compris), reste la troisième, méchante Mère des larmes dont le retour est provoqué par l'ouverture inopinée (la curiosité a toujours été un vilain défaut) d'une urne contenant trois statuettes mystérieuses et une tunique brodée de symboles indéchiffrables (normal, "Quid vides non est, quid non vides est veritas" tenez-le vous pour dit. Aussi le ver est dans la pomme (et aussi dans les intestins, mais celui-là on a une bonne copine pour nous l'enlever avec les dents _sublime sabbat des sorcières), et les sorcières du monde entier arrivent à Rome pour l'avènement du second âge des sorcières, faisant régner la terreur dans la Ville (mais pas dans le monde, curieux, non ?) : les mères jettent leurs bébés dans le Tibre, les gens se suicident, les églises brûlent, bref, c'est la merde. Et pour sauver le monde, la fille d'une grande mage blanche qui a hérité des pouvoirs de maman, non pas morte dans un accident de voiture à Fribourg comme on lui a toujours dit, mais tuée par l'autre méchante sorcière. Et comme bien sûr elle était pas au courant, maman lui parle, de l'au-delà, et même, elle apparait pour l'encourager : "Sois forte, ma fille, use de tes pouvoirs." Merci maman j'aurais pas dit mieux.
Bon, là vous vous dites, ça part mal. Si on ajoute que la tueuse de sorcière est jouée par Asia Argento... Oué, voila, elle est quand même candiate sérieuse à la framboise d'or, là... En chemin elle croise un couple de lesbiennes (la moitié de la salle a fait "hoooo") qui finissent TRES mal (j'épargne les détails aux âmes sensibles), un prêtre exorciste qui se fait trancher gorge et tendon d'achille par sa servante d'âge canonique avant de se faire fendre le crâne, un vieux savant en fauteuil roulant et son mignon très mignon à la silhouette parfaite (le pauvre finit écartelé avant de se faire trancher un bras, dommage, il était mignon) et des flics qui ne comprennent rien à la magie noire et traquent la pauvre héroïne déjà traquée par les sbires de la méchante sorcière (ça fait beaucoup, vous vous dites, vous avez raison), sbires qui ont quand même pour éclaireur un immonde singe qui pousse des cris affreux quand il trouve ses victimes (au moins on sait qu'il faut fuir, mais on prend le temps d'enlever ses talons d'abord, hein, faut pas déconner, t'es une femme Barbara Gould ou tu l'es pas).
C'est quoi, pour vous, une sorcière ? Elle ressemnbe à quoi, à votre avis, la mécante troisième maman ? Ben figurez-vous, pour Dario Argento, une sorcière, c'est juste une jeune fille hystérique habillée ethnique et maquillée à outranche (et fan de Tokyo Hotel, sans doute), avec une grosse bouche qui lance un rire affreux (et peut-être aussi une haliene fétide, mais ça c'est pas dit), voila. Et la troisième mère... a 18 ans, fait 1m50, 45 kilos, et se promène toute nue avec la dose de mascara, hyper impressionnante je vous dis pas. D'ailleurs c'est très simple, de la tuer, il suffit de lui retirer la tunique qu'elle enfile parfois (celle du début, avec les symboles) et de la détuire pour que le palais abandonné, construit sur la catacombe de Rea Silvia (si si, je vous jure) s'écroule, faisant patauger la pauvre Asia dans un bain de squelettes. Pauvre troisième maman qui finit mal, embrochée par l'obélisque qui surplombait la maison et qui dans sa chute s'enfonce sous terre jusqu'à jusqu'au petit ventre extra plat de Mlle larmes...
Bref , qu'est-ce qu'on se fend la gueule.
 
Prochain Cahier, un film muet intello chiant.